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Qu’est-ce que le succès ?

Favoriser la participation des femmes dans les CA d’entreprises c’est bien, reconnaître le travail qu’elles font déjà, c’est mieux.

Des conseils d’administration uniquement féminins, j’en connais. Beaucoup. Elles siègent à des conseils d’administration de CPE, d’organismes communautaires, d’associations, de conseils d’établissement scolaire… Aux yeux de certains, ce n’est peut-être pas la « bonne sorte » de CA. Comme si c’était une implication citoyenne moins glamour.

Malheureusement, on ne compile pas cette implication presque uniquement féminine dans les statistiques sur les conseils d’administration. Ce travail est invisible. Parce que ce n’est pas rémunéré ? Parce que c’est « juste » s’occuper des enfants ? Il y a pourtant des décisions importantes qui se prennent pour l’avenir de la société. Les enfants sont le futur !

On a tendance à voir les enfants comme de la marmaille à élever plutôt que l’avenir à éduquer. On a du mal à percevoir l’engagement des femmes dans des conseils d’administration d’organisations pour la famille comme un engagement valable, ambitieux.

Tout ce temps dévoué à une cause n’est pas valorisé. Aux yeux de la société, ça ne vaut rien. En argent. En ambition. En performance. Pendant que les hommes dirigent les conseils d’administration des grandes entreprises, les femmes tiennent les organisations sociales à bout de bras. En faisant beaucoup avec très peu.

On devrait valoriser la parité dans toutes les organisations où il y a un conseil d’administration : entreprises, organisations, regroupements, associations, services publics. On devrait aussi penser à une reconnaissance de base des membres des conseils d’administration pour les organisations sociales et éducatives, comme il y en a à la SAQ, à Loto-Québec, à Hydro-Québec ou la CNESST.

C’est peut-être aussi la perception du succès qu’on devrait revoir. Et celle de l’ambition. Et celle de la performance. Moi j’ai l’ambition de vivre dans une société meilleure, une société plus riche socialement. Où mes enfants et mes petits-enfants pourront vivre heureux, épanouis, acceptés, compris. Et ça, ça ne s’achète pas à coup d’actions… Même de l’entreprise la plus riche au monde.

Quel succès ?

Récemment, on m’a posé la question « Qu’est-ce que le succès ». Je parlais mentorat avec des femmes entrepreneures. J’ai réalisé que je détestais cette question. Ce soir-là, j’ai répondu par une question. « Qu’est-ce que vous souhaitez comme succès pour vos enfants ? »

J’ai envie de voir le succès dans la réalisation de soi, dans le fait d’être heureux, dans le fait de faire ce qu’on aime dans la vie. De se sentir valorisé dans son travail. De sentir qu’on peut faire une différence. Parce que c’est ce que j’ai envie d’inculquer à mes enfants. Ils sont l’essence de ma vie. Je carbure à leur énergie.

On a bien sûr tous besoin d’un minimum d’argent pour vivre. Et si, avec le reste, on participait à la richesse collective ? Et si, comme entrepreneure, on percevait l’impact de notre entreprise comme aussi important que ses profits financiers ?

Plusieurs entrepreneurs sociaux sont des femmes. Et ça dérange de vouloir changer l’ordre établi. De ne pas mettre les profits au sommet de la pyramide de la réussite. D’ailleurs, le livre Les Superbes est une preuve de plus que le succès des femmes dérange.

Travailler : quelle finalité ?

Dans le dossier sur l’ambition paru dans Châtelaine, on mentionne que les femmes ne sont pas toujours payées à leur juste valeur. Dernièrement, dans Le Devoir, Anne-Marie Hubert, demande la parité dans les instances de haute décision.

Il y a des obstacles systémiques réels, notamment dans la socialisation des enfants, pour les femmes d’accéder aux sphères d’influence, de décisions et de pouvoir. Ce n’est pas juste de dire « Vas-y fille, t’es capable ! » Dans mon cas, à défaut d’avoir trouvé une entreprise qui correspond à mes valeurs (celles que je veux inculquer à mes enfants), j’en ai créé une.

J’ai espoir qu’il y aura de plus en plus d’entreprises fondées par des entrepreneurs sociaux, avec une culture d’entreprise axée sur des valeurs dont l’argent est le moyen et non une finalité. Les études le démontrent, les entreprises où on retrouve des femmes sur le conseil d’administration ou à la direction sont plus performantes ! La mixité, c’est payant ! D’ailleurs messieurs, les CA d’établissements scolaires sont en période de recrutement…

 

Mariève est vice-présidente du conseil d’administration de l’Association québécoise des éditeurs de magazines. Elle a été 3 ans administratrice d’un CPE. Elle a été présidente du conseil d’administration de l’Association des journalistes indépendants du Québec en 2012-13.

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